Lettre de Khalil Gibran à May Ziadah

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N'ayez pas peur de l'amour, amie de mon cœur.

Khalil Gibran, l’immense écrivain arabe du début du XXème siècle (né le 6 janvier 1883 et mort le 10 avril 1931), auteur du livre Le Prophète, élut pour compagne amoureuse une femme d’exception : May Ziadah, libanaise établie en Égypte, écrivaine, poétesse et pionnière du féminisme oriental. Leur amour dura 19 ans (jusqu’à la mort de Gibran) mais ils ne se rencontrèrent jamais : il fut exclusivement épistolaire. Voici une des lettres de cette union sacrée.  

 

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26 février 1924

Vous me dites que vous avez peur de l’amour ; pourquoi cela, ma tendre amie ? Avez-vous peur de la lumière du soleil ? Avez-vous peur du flux et du reflux de la mer ? Avez-vous peur du jour naissant ? Avez-vous peur du retour du printemps ? Je me demande pourquoi vous avez peur de l’amour ? Je sais que l’amour d’une âme basse ne peut vous satisfaire, tout comme je sais qu’il ne peut pas me plaire. Vous et moi ne saurons jamais satisfaire de ce qu’il y a de mesquin dans l’esprit. Nous voulons tout en quantité. Nous voulons tout avoir. Nous voulons la perfection. Je dis, Mary, que dans cette aspiration qui est la nôtre se trouve notre accomplissement, car si notre volonté n’était qu’une ombre parmi les innombrables ombres de Dieu, nul doute que nous atteindrions l’un des nombreux rayons de Sa lumière.

Oh ! Mary, n’ayez pas peur de l’amour ! N’ayez pas peur de l’amour, amie de mon cœur. Nous devrons nous soumettre à lui malgré ce qu’il peut nous apporter de souffrance, de désolation, de nostalgie, de perplexité et de confusion. Ecoutez, Mary : aujourd’hui, je suis dans une prison de désir, qui sont nés lorsque moi-même je suis venu au monde. Et aujourd’hui, je me trouve entravé par les chaînes d’une idée aussi vieille que les saisons de l’année. Pouvez-vous faire montre de mansuétude à mon égard, dans ma prison, afin que nous puissions émerger enfin à la lumière du soleil ? Resterez-vous près de moi jusqu’à ce que ces chaînes soient détruites et que nous puissions marcher librement et sans entraves jusqu’au sommet de la montagne ? Et maintenant, venez plus près, rapprochez votre front de moi – comme ceci, comme ceci, et que Dieu vous bénisse et vous protège, compagne bien-aimée de mon cœur.

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La recommandation de la rédaction :

Lettre de Khalil Gibran à May Ziadah : « Et quand nous aimons une chose, May, nous considérons l’amour comme un but en soi et non comme un moyen d’atteindre une autre fin. »

Lettre de Renée Vivien à Kérimé : « Je pense à vous ardemment, fixement, Hadidja, ma rose mystérieuse. »

Lettre de Verlaine à Rimbaud : « Veux-tu que je t’embrasse en crevant ? »

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19 commentaires

  1. Joseph-Charles Farine

    Il ne pouvait qu’être l ‘auteur
    d’un livre prophétique, pour
    établir dans sa vie sentimentale
    un tel désir et accomplissement
    de pureté et d’absolu. Loin du
    regard des autre, l’invisible est
    un chemin d’ascétisme et le ciel sera toujours le miroir de L’invisibilité.

  2. Fathy

    Magnifique lettre a laquelle peu de gens peuvent se retrouver mais dont la situation est tellement difficile pour ceux qui vivent la meme chose  » un amour impossible  » ! C’est magnifique mais douloureux mais il l’ont vécu si dignement ! Super beau !!

  3. mendousse-pineau

    Je suis certaine qu’aujourd’hui encore il peut exister un tel amour.Il y en a eu avant nous et il y en aura encore malgré tout…Il faut juste avoir une profondeur spirituelle.

  4. Martinengo de Novack

    il ne peut y avoir qu’une seule définition pour le verbe : Aimer.
    Mais il y a plusieurs façons d’Aimer:
    Eros c’est l’Amour passion
    Mania c’est Amour possessif
    Agape c’est l’Amour désintéressé
    Ludus c’est l’Amour joueur
    Storge c’est l’Amour camarade
    Pragma c’est l’Amour pratique
    Philia c’est l’Amour philosophe

  5. Georges.richa@gmail.com

    Je me suis inscrit pour remercier l’auteur de l’introduction à la lettre de Gibrane Khalil Gibrane. Je ne savais pas que May Ziadé libanaise vivant en Egypte et Mary Huskel (dont le nom est répété trois fois dans la lettre)américaine vivant en Amérique étaient une seule et même personne?!
    Merci d’avoir éclairé ma lanterne.

    • imadaaoun@hotmail.com

      M. Georges Richa, vous vous trompez, Mary Huskel & May Ziade etaient 2 personnes completement differentes.L’une vivait en Amerique et entretenait Gibran et l’autre etait une tres poete Libanaise vivant en Egypte et qui ‘a jamais pu rencontrer Gibran !!!
      Sincerement,
      Imad A. Aoun

  6. faiza-boukra@hotmail.fr

    Un amour inconditionnel !!! pure dénué de tout intérêt ! de nos jours il est quasiment impossible de croiser une telle noblesse dans les sentiments !!

    • amousaid77@gmail.com

      amour …..cela dépend de la bouche qui le prononce …de l’esprit qui le conçoit……..de la grande joie et la grande souffrance qui l’orient …….jabrane et âmes similaires qui nous donnent envie de vivre ….merci pour eux

      • amousaid77@gmail.com

        amour …..cela dépend de la bouche qui le prononce …de l’esprit qui le conçoit……..de la grande joie et la grande souffrance qui l’orient …….jabrane et âmes similaires qui nous donnent envie de vivre ….merci pour elles

  7. imadaaoun@hotmail.com

    C’est un excellent texte . Mais priere de definir Gibran comme poete Libanais , pas par chauvinisme mais plutot par exactitude scientifique !!!
    Merci et bon courage .

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