Lettres entre Anne Frank et son amie Jacqueline

2

min

Je t’écris cette lettre pour te dire adieu.

Anne Frank, l’adolescente qui incarna la conscience de l’horreur de l’extermination des juifs par les nazis, a légué au monde son Journal; en réalité une construction éditoriale savamment orchestrée par son père, puisqu’il ne s’agissait en aucun cas d’un journal intime mais de lettres quotidiennes qu’elle adressait à Kitty, une amie imaginaire. D’autres lettres témoignent aussi de sa noblesse d’esprit et de sa grandeur morale, humaine. Alors réfugiée avec sa famille dans un appartement secret d’un immeuble d’Amsterdam (l’Annexe), Anne Frank écrit, dans la crainte d’être découverte et déportée, une lettre à sa meilleure amie Jacqueline. En prévision de son départ subi et sans lendemain, elle rédige à l’avance une autre lettre en réponse à sa destinataire ; mais aucune de ses deux missives ne parviendra à la destinataire qui s’en expliquera dans une lettre finale. Hommage épistolaire à Anne Frank.

A-A+

Le 25 septembre 1942

Chère Jacqueline,

Je t’écris cette lettre pour te dire adieu, cela va sans doute t’étonner mais ainsi en a décidé le destin, je dois partir (comme tu l’as naturellement appris depuis longtemps) avec ma famille, je n’ai pas besoin de t’en dire la raison.

Quand tu m’as appelée dimanche après-midi, je ne pouvais rien te dire car maman me l’avait interdit, toute la maison était sens dessus dessous et la porte d’entrée était fermée à clé. Hello devait passer, mais on ne lui a pas ouvert. Je ne peux pas écrire à tout le monde et c’est pourquoi je me contente de cette lettre à toi. Je compte sur toi pour n’en parler à personne et pour ne pas dire qui te l’a apportée. Si tu veux avoir la gentillesse d’entretenir avec moi une correspondance secrète, je t’en serai très reconnaissante. Tous renseignements auprès de madame Gies !!! J’espère que nous allons nous revoir bientôt mais cela ne sera sans doute pas avant la fin de la guerre. Si Lies ou quelqu’un d’autre te demande si tu reçois jamais de nouvelles de moi, ne réponds jamais si, car tu mettrais madame Gies et nous en danger de mort, et j’espère que tu seras assez raisonnable pour ne pas le faire. Plus tard, tu pourras bien sûr raconter que tu as reçu une lettre de moi pour te dire adieu. Eh bien Jackie, porte-toi bien, j’espère que tu m’enverras bien vite un signe de vie et à très bientôt j’espère.

Ta « meilleure » amie.                 Anne

P.S. J’espère que jusqu’au moment où nous nous reverrons, nous resterons toujours « meilleures » amies.

Au revoir.

Lettre de réponse prévue d’Anne Frank à son amie Jacqueline : 

Le 25 septembre 1942

Chère Jackie,

Ta lettre m’a fait grand plaisir si les Allemands n’ont encore envoyé personne chez nous, tu peux aller voir monsieur Goldschmidt et emporter des livres, des cahiers et des jeux à nous, tu peux les garder ou les mettre de côté pour moi, mais tu peux aussi les apporter à madame Gies. Dans ma dernière lettre, j’ai oublié de te dire que tu ne dois pas conserver ces lettres, car personne ne doit les trouver. Déchire-les donc en tout petits morceaux, comme nous avons fait l’autre fois sur la terrasse avec la lettre trouvée dans la boîte de maman. J’espère que tu le feras. Comment allez-vous tous ? Je ne peux naturellement donner aucune nouvelle de moi. Je pense si souvent à toi. Comment va Ilse, est-elle toujours là ? J’ai appris par madame Gies que Lies est toujours là. Nous ne nous ennuyons pas et nous avons de la compagnie, je ne peux rien te dire d’autre de notre vie, sauf qu’elle est déprimante mais intéressante pour plus tard. Il vaut mieux que ce mot ne soit pas trop long, un petit bisou.

Anne

Lettre d’explication de Jacqueline van Maarsen :

M. Frank me remit une copie des deux lettres qu’Anne m’avait écrites de l’Annexe. En septembre 1942, elle les avait recopiées dans son Journal en ajoutant « comme tu l’as naturellement appris depuis longtemps ». C’était la lettre d’adieu qu’elle m’avait promise. Il était tombé dessus en lisant son Journal. Il y avait également une deuxième lettre qu’elle m’avait adressée par la suite. Elle n’avait pas été autorisée à laisser sa lettre d’adieu à la Merwedeplein. Elle l’avait écrite dès qu’elle avait appris qu’ils allaient entrer dans la clandestinité. Dans sa deuxième lettre, elle me remerciait pour ma réponse. Je ne lui ai jamais répondu puisque je n’ai jamais reçu sa lettre. Je la croyais en sécurité en Suisse. Elle avait imaginé ma réponse et répondait à son tour à cette lettre imaginaire.

Pour recevoir plus de lettres, cliquez ici.

La recommandation de la rédaction :

les articles similaires :

4 commentaires

  1. Prudi

    Même si le journal d’Anne Franck n’est pas véritablement un journal, les textes n’en demeurent pas moins émouvants et le tragique de ce destin, témoin de tant d’autres demeure inoubliable.

  2. bouzier Henri

    Si jeune et déjà si mature… Je ressens cette peur latente dans ses recommandations à son amie et la crainte de mettre les Autres en danger!
    Une lettre d’adieu qui semble présagée du pire….déjà!!
    Quelle tristesse!!!

  3. Debelle

    …..la barbarie aveugle et parfaitement programée a effacé de la surface de la Terre une jeune fille exceptionnelle douée d’une rare intelligence…….sa famille et tant d’autres…..actes meurtriers gratuits et irréparables….ses mots sensibles et débordants d’une grande maturité, même toujours aprés sa mort, écrasent littéralement la bêtise infecte de ses assassins….Au delà de cela, nous devrions vivement soumettre tout ce courrier d’Anne Frank aux générations actuelles et d’autres, qui sont en perte de vitesse au regard des valeurs humaines….même si nous l’avons déjà fait, nous nous devons de le faire encore et encore…..pour l’absurdité des ces comportements humains et…….pour Elle….!….Elle le mérite bien !

Laisser un commentaire

Vous devez être pour laisser un commentaire.