Lettres de Juliette Drouet à Victor Hugo

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Vous devez vous dépêcher de me détenter en me donnant de la copie à indiscrétion et de l’amour et des baisers

Magie des chiffres : entre 1833 et 1882, pendant 50 ans, Juliette Drouet écrit 10 fois un 7 juillet, c’est-à-dire un 7/7, à Victor Hugo. Il est intéressant de vérifier dans chacune de ces dix lettres qu’elle veille sur les jours comme elle veille en permanence sur les nuits de son amant : on dirait aujourd’hui H 24 !
5 lettres datent d’avant l’exil, deux sont écrites de Guernesey et les trois dernières de retour à Paris. Victor Hugo a 35 ans en 1837. Il en a 80 en 1882. Juliette n’a alors plus qu’un à vivre. Le poète perdra bientôt l’ange « gardienne » qui avait dû attendre d’avoir 67 ans pour qu’il s’installe avec elle rue Pigalle.

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7 juillet [1837], vendredi matin, 9 h. ½

Bonjour mon cher petit homme, bonjour. Je vous aime. Je suis furieuse. J’ai passé ma nuit à rêver de vous. C’est bête !

 

7 juillet [1838], samedi matin, 10 h. ¼

Bonjour, mon cher petit bien-aimé. Bonjour mon grand Toto. Regardez un peu sur la terre le petit toucan que vous y avez laissé et qui se tord le bec à regarder en l’air s’il ne voit rien venir.

7 juillet [1847], mercredi matin, 9 h.

Bonjour le plus Toto des Totosa, bonjour, toi, bonjour, vous. vous devez vous dépêcher de me détenter en me donnant de la copie à indiscrétion et de l’amour et des baisers

7 juillet [1847], mercredi, midi ¾

je vous aime. Mon Toto vous êtes un CAPON car vous avez reculé lâchement devant la proposition que je vous ai faite cette nuit. Voime, voime, adresse-toi à moi et je t’en donnerai un avec une pipe et des (deux mots illisibles)

7 juillet 1850 dimanche matin 9h

Je t’aime, je te désire, je t’attends et je t’adore.

Guernesey, 7 juillet 1862, lundi matin, 8 h. du m[atin.

Bonjour, mon cher adoré, bonjour de tout mon cœur et de toute mon âme, bonjour. Je crains que tu n’aies passé encore une mauvaise nuit car tu devais te lever de bonne heure et jusqu’à présent rien ne bouge dans ta chambre. S’il en est ainsi, mon pauvre bien-aimé, tâche de mettre la matinée à profit en dormant le plus tard que tu pourras.

 

Guernesey, 7 juillet [18]64, jeudi soir, 4 h.
Bonjour, petit oiseau, bonjour et merci, porte ce baiser à mon Toto et dis-lui de venir tout de suite me voir et que je l’adore

 

Lundi 7 juillet (1873) , 8 h. du matin

Comment la nuit, mon grand adoré, si bonne vive la joie, si mauvaise vive l’amour toujours et quand même. Je te baise de la tête aux pieds et je t’adore de part en part.

 

Paris, 7 juillet [18]77, samedi matin, 10 h.

Pendant que tu pioches tes manuscrits, mon cher petit homme, moi je t’adore, ce qui est un ordre de chef-d’œuvre digne du bon Dieu et de toi. Tant pis si je t’aime trop.

 

Paris, 7 juillet 1882, vendredi matin

Cher bien-aimé, je vais aller savoir si tu as un peu mieux dormi ce matin que cette nuit et te dire que je t’adore.

fac

 

couv
( Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, Fayard, Ouvrage publié avec le concours de la Fondation La Poste )
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